Élevage industriel et pandémies : stop !

Avec la crise sanitaire due au coronavirus SARS-CoV-2, un certain nombre de mots auparavant réservés aux spécialistes sont maintenant entrés dans le langage courant : coronavirus, période d’incubation, vecteur d’infection. À long terme, cependant, le plus important de ces mots pourrait être « zoonose », qui définit une maladie transmise à l’homme par les animaux. Le Covid nous rappelle qu’élevage intensif et santé publique sont comme l’eau et l’huile : impossible de les mélanger.

Élevage intensif et zoonoses

Sur environ 1400 agents pathogènes connus de la médecine moderne, plus de 800 (environ 60%) sont d’origine animale. Presque chaque année, de nouveaux agents pathogènes d’origine animale et constituant une sérieuse menace pour les humains sont découverts. Parmi ces maladies dangereuses causées par des virus zoonotiques se trouvent les grippes aviaire et porcine, le Syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS) et divers types de fièvre hémorragique, dont Ebola.

Les infections zoonotiques sont généralement virales (moins souvent bactériennes) et se transmettent soit par contact direct avec un animal malade soit par la consommation de sa chair.

En raison de la très grande densité et du peu de diversité génétique des animaux qui s’y trouvent, ces élevages constituent un environnement idéal pour la diffusion rapide de virus. Ce phénomène est aussi encouragé par le niveau élevé de production, à l’origine d’un stress chronique pour les animaux, ce qui a pour effet d’affaiblir leur système immunitaire. Parmi les vecteurs potentiels de transmission de maladies zoonotiques se trouvent aussi les transports sur de longues distances et la chaine de production étendue nécessaire à l’industrie animale.

Les études sur le développement d’agents pathogènes issus de porcs illustrent bien les conséquences dommageables de l’élevage industriel. Entre 1985 et 2010, la production mondiale de viande de porc a augmenté de plus de 80%. Pendant la même période, 77 nouveaux agents pathogènes ont été identifiés dans des élevages de porcs à travers le monde.

Au moins l’un des agents pathogènes issus de porcs s’est révélé mortel chez l’homme. Selon les estimations, la pandémie de grippe aviaire A/H1N1 en 2009 a causé la mort de 100 000 à 400 000 personnes à travers le monde et 180 000 autres sont mortes des suites de complications postérieures à la maladie.

Le recours aux antibiotiques dans ces élevages menace notre santé

Afin de réduire le potentiel pathogène de l’élevage industriel, les éleveurs utilisent généralement des antibiotiques en complément alimentaire. C’est par exemple le cas en Pologne. Bien que le droit de l’UE interdise l’utilisation d’antibiotiques à usage préventif (ils ne peuvent être utilisés que comme traitement et sous la supervision d’un vétérinaire), un rapport publié en 2018 par le Supreme Audit Office (NIK) révèle que 70% des éleveurs polonais ayant fait l’objet d’une inspection de routine utilisaient des antibiotiques (ce pourcentage est encore plus élevé dans les élevages de volailles : 82% pour les poulets et 88% pour les dindes).

antibiotiques élevage lapins France 2019
Antibiotiques dans un élevage de lapins en France en 2019. © L214 – Éthique & Animaux

Selon les épidémiologistes, le recours généralisé aux antibiotiques dans l’élevage industriel constitue l’une des plus grandes menaces à la santé publique à travers le monde. À mesure que la consommation de produits animaux contenant des antibiotiques augmente, le risque que des agents pathogènes deviennent résistants aux agents antimicrobiens (l’antibiorésistance) augmente aussi.

Les infections causées par des micro-organismes résistants sont déjà à l’origine d’environ 50 000 morts par an en Europe et aux États-Unis seulement. Selon un rapport établi en 2014 pour le Royaume-Uni, si la situation ne change pas, près de 300 millions de personnes à travers le monde pourraient mourir prématurément à cause de l’antibiorésistance d’ici à 2050.

Il faut traiter le problème, pas les symptômes !

Alors que nous assistons aux efforts de nombreux pays dans le monde pour mettre un terme à la pandémie de Covid-19, nous devons être conscients du fait qu’il s’agit d’une lutte contre les symptômes et les effets, et non contre les causes. Le dévouement et les immenses efforts des professionnels de santé, des scientifiques et des services sanitaires et épidémiologiques à la recherche d’un vaccin n’entraineront malheureusement pas de résultats durables à moins qu’ils ne soient accompagnés par des changements systémiques dans notre façon de produire et de consommer de la nourriture.

Culture de soja. Image de Jan den Ouden sur Pixabay.

En réponse à la pandémie actuelle contre le SARS-CoV-2, selon Liz Specht, docteure et directrice adjointe pour les sciences et la technologie au Good Food Institute, « il est temps de reconnaître que nous avons, en tant que civilisation, dépassé le stade de l’utilisation des animaux pour produire de la viande. La chasse et l’élevage d’animaux ont servi la croissance de la population humaine pendant des millénaires. Mais en 2020, nous devons arrêter de nous voiler la face. Nous ne pouvons pas continuer ainsi. Le système actuel est défaillant. Il est inefficace, précaire, non viable et extrêmement dangereux ».

Les protéines végétales ont souvent de meilleures valeurs nutritionnelles que leurs équivalents carnés et ils ne contiennent pas d’antibiotiques ou d’hormones de croissance animales. En plus de tout cela, elles contribuent à une exploitation bien moindre des ressources naturelles et à une réduction radicale des émissions de gaz à effet de serre.

Włodzimierz Gogłoza, PhD (Lire la version intégrale)

Mettre la solution à l’élevage intensif dans les assiettes

La restauration collective a un rôle moteur à jouer dans la nécessaire transition vers une alimentation davantage d’origine végétale. En effet, la restauration collective influence à la fois la production alimentaire par ses choix d’approvisionnement et la demande, en normalisant tel ou tel type d’alimentation ou tel ou tel produit auprès des convives. C’est le sens des efforts d’Assiettes Végétales, qui appelle les gestionnaires et les chefs cuisiniers à augmenter la proportion de choix végétaliens au menu de leur cantine ou restaurant collectif et leur propose un accompagnement.

Bon, on a la solution. Mettons-la en œuvre ! Pour cela, on a besoin de vous. Faites un don à Assiettes Végétales : en décembre, les dons uniques comptent triple ! C’est le moment de nous donner les moyens de végétaliser l’offre de la restauration collective. Chaque plat végétal en restoco est un plat carné en moins, ce qui fait une différence énorme pour l’environnement et notre santé.

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